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Emeraldia Ayakashi : l’interview



Les mix et les productions originales de Emeraldia Ayakashi dévoilent une artiste éclectique pleine de talent.

 
Djette, productrice, remixeuse, sound-designeuse, blogueuse [LocalSuicide], passionnée… Entre Paris et Los-Angeles l’artiste rencontre, découvre et s’inspire.
Vivant pour son art, Emeraldia Ayakashi voit le monde comme un laboratoire [inépuisable] d’idée ou chacune d’entre elles trouvent une place bien précise.
Pour la sortie du clip de son E.P. Sometimes [Reiz Muzik/2013], on a eu envie d’en savoir [beaucoup] plus à son sujet.

Batiste de Pépites Troniques : On veut tout savoir de toi Emeraldia !
D’ailleurs Emeraldia Ayakashi, ça vient d’où ?

Emeraldia Ayakashi : Un mélange entre Emeraldia, la femme-pirate dans l’anime de Albator, c’est un personnage de fiction créé par Leiji Matsumoto et Ayakashi qui fait référence aux histoires de fantômes issues du folklore japonais.

Peux-tu nous en dire un peu plus ?

Dans la mythologie japonaise, Ayakashi est lune des formes du yōkaiun « être vivant, forme d’existence ou phénomène auxquels on peut appliquer les qualificatifs extraordinaire, mystérieux, bizarre, étrange et sinistre ».
Yōkai est composé des kanji 妖, « monstre », « démon » ou « sorcier », et 怪, « étrange ». On les dénomme parfois mononoke (物の怪?, lit. « chose étrange »), voire simplement ayakashi (妖?), qui désigne plus généralement un yōkai marin particulier.
Les yōkai possèdent souvent des caractéristiques animales, comme le kappa qui ressemble à une tortue, mais ils peuvent aussi avoir une apparence humaine, voire inanimée ou même immatérielle.

Tu es une artiste, djette, soundesigneuse, bloggeuse… On en a oublié ? A quoi cela consiste tout ça ?

Un peu à contre-courant de la mouvance actuelle, qui donne à tout un chacun la possibilité dans les grandes lignes de « mixer. » Je n’ai pas de préférence.
L’essentiel de mon activité est centrée sur le Soundesign, la création de boucles musicales et de banques sonores.
Pour des performances, expositions, dans des bars, des clubs [Rex Club, Machine du Moulin Rouge] ou des galeries indépendantes.
Egalement pour des sites Web, des partenariats entre marques et artistes, comme une de mes collaborations avec Orange via l’Agence We Are et la talentueuse Vinie Graffiti.

Des œuvres musicales et cinématographiques, le dernier en date étant le court-métrage Seul Ensemble de Valentin Jolivot, avec un jeune acteur que j’aime beaucoup, Jessé Rémond Lacroix.




Etant passionnée de musique et d’Art (au sens le plus large du terme) j’écris pour les sites Local Suicide, Fubiz et aussi sur mon blog perso Wish you were Hear, j’aime y poster mes coups de cœur qu’ils soient visuels ou musicaux, mais aussi des inspirations qui passent par le Design, le Mapping ou encore la Photographie, j’aime partager ce qui me plaît et me touche à travers des posts.

Pour ce qui est de mon activité de dj/Producer, 2 EP’s et un clip sont en préparation, un live, entre expérimentation sonore et visuelle où je serai accompagnée d’Ashes Monroe, une artiste multidisciplinaire pour essayer de capter toute la subtilité du public et appréhender la musique comme un voyage interstellaire.

J’aime beaucoup faire des remixes partir d’une matière première où les possibilités de recomposition sont infinies m’inspire. Et me permet d’aller plus loin dans mes goûts musicaux, ce que je ne me serai peut-être pas autoriser sur mes morceaux.

As-tu des souvenirs de tes débuts, quel a été le déclencheur ?

A la base, j’étais plus intéressée par le cinéma et l’écriture, mais depuis le collège je faisais de la musique dans des groupes Punk rock puis sur des logiciels, pour m’amuser.
Et puis ce que je faisais a commencé à plaire, j’ai fait quelques remixes, qui m’ont fait connaître et cela a commencé à devenir «sérieux» et j’ai découvert la possibilité de superposer plusieurs influences et de raconter une histoire, ce qui depuis le début me tient à cœur.
Mais je ne me suis pas dit à un moment : «Je veux faire ça de ma vie » ça s’est fait comme ça.»

Ton répertoire musical est très éclectique. Du rock à la techno, une diversité de style orne tes mix, peux tu nous parler de ton rapport avec la musique?

Je n’essaye pas de créer un genre musical, ce que j’écoute et m’influence est tellement varié, que j’essaye de créer des atmosphères et de faire ressortir mes émotions.
Je peux passer de l’écoute de Ministry à Rihanna dans un espace temps très court .
J’accorde beaucoup d’importance à l’expérience visuelle.
Les images qu’elles puisent leurs sources dans le cinéma, la photographie ou encore la peinture sont ma principale source d’inspiration. Des images fortes et très naturelles en même temps.
Je compose ma musique et mes mixtapes, en ayant des images en tête, et essaie de reproduire l’impact visuel et émotionnel en impact sonore.
Les images ont une grande importance, car ce que j’essaye de faire avec la musique, c’est de rendre des ambiances plutôt que de faire un genre ou un style de musique.

Ton EP I walk to the beat of my own drum sorti sur Reiz musik en 2012 révèle ton talent certain pour la production.
Mais, être productrice remonte à plus longtemps que ça, notamment avec ton premier EP Automat. Comment t’es venue la transition de dj à productrice?

Je dirais que les deux ne fonctionnent pas l’un sans l’autre et ce depuis mes débuts.

J’ai toujours produit de la musique assez naturellement, je produisais les morceaux les uns après les autres, apprenais à jouer des instruments que j’avais envie d’utiliser au fur et à mesure, comme si je sculptais dans un seul arbre.

J’avais en même temps l’envie de tester de nouvelles textures, de nouvelles ambiances, je ne suis jamais limitée à un style ou à un courant musical, j’ai pris plaisir à travailler avec d’autres personnes, cela ouvre les champs des possibles et permet de développer des pratiques créatives à travers les relations humaine.
Il y a des moments où j’adore faire la dj, cela permet vraiment d’expérimenter plein de choses et de créer une connexion forte entre les gens, c’est une manière pour moi de ne pas m’enfermer dans ma musique et de m’exprimer avec la musique des autres.
Ca me permet aussi d’élargir mon univers, de faire découvrir des morceaux aux gens…
Si les gens n’aiment pas , je le prends moins de façon critique et personnelle, c’est plus reposant .
Je me sens libre de passer ce que je veux, je ne me pose pas de limites .
Je passe ce dont j’ai envie sur le moment et aussi ce que les gens ont l’air d’avoir envie, je m’adapte, le but étant de faire plaisir aux gens, tout en conservant mon univers musical.
Quand je fais un live, c’est mon humanité que je livre, c’est ma musique, c’est plus personnel, c’est ma façon de communiquer et même de communier avec les gens.

Ou vas tu chercher ton inspiration pour composer ?

J’essaye de créer un univers avec tous les genres de musique qui m’inspirent, comme un chimiste qui fait ses expériences en laboratoire.
Je crois que tout est possible à accorder.

Et quelques livres comme How Music Works de David Byrne, This Is Your Brain on Music: The Science of a Human Obsession de Daniel J. Levitin Music, the Brain, and Ecstasy: How Music Captures Our Imagination de Robert Jourdain et Middle C le roman de William H. Gass.

Le premier E.P, c’était plutôt des morceaux qui s’étalaient sur deux ans, donc là j’avais vite envie de passer à autre chose.

Pour l’EP I walk to the beat of my Own Drum, je l’ai fait très spontanément, ça a été très rapide.
Les morceaux sont très vite arrivés, tel quels, j’avais une énergie que je voulais transmettre par la musique d’une manière très frontale, ce que je vivais et ressentais à cette période de ma vie sans trop me poser de questions.
J’avais besoin d’exprimer que j’étais touchée emotionellement comme sur le titre « sometimes « et enervée à la fois comme l’athmosphère que dégage Orage.
C’est vraiment quelque chose que je qualifierais de « premier degré », d’expressif et sans retenue et qui a peut-être eu des vertus un peu exorcisantes.

L’activité solaire est élevée et s’intensifie. L’Humanité et la Planète sont saturées d’énergie électrique. Cela devient de plus en plus passionnant.

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© Renata Di Marco

As-tu des activités annexes lorsque tu es en studio ?

Je dors et je fais le ménage. Je regarde ‘Vivement dimanche’! (rires)
Sinon je sors avec mes copains, voir des lives ou des expos, danser.
Et le Dimanche j’adore me promener dans Paris, surtout sur la Petite Ceinture, c’est un peu la promenade des mondes perdus.
Mais j’aime bien rester enfermée chez moi à faire de la musique ou rien faire du tout, parfois il faut que je me bouge, je ne reste pas à rien faire, mais je peux être casanière.

Digital ou Analogique ?

Je fais l’essentiel de mes début de morceaux sur mon mikro Korg, les sons légers sont parfaits, puis pour les rythmiques c’est Kaoss Pad Quad et Kaossilator.
Sequenceur / sampleur Roland MC-808, controlleur Akai APC 40 et MPC 3000.
Et en clavier j’aime beaucoup les Prophet 8, MOOG – Voyager Electric Blue V3, ROLAN Juno stage,
J’utilise Logic studio pour monter mai sj’utilise plein de plugs in et bidouille pas mal pour arriver aux sons dont j’ai envie . et utilise de vrais instruments (batterie, guitares…) que je « resample » et modifie au montage.

Et pour les lives j’aime bien Ableton couplé à la APC 40 d’Akai et les NANO de chez Korg et je suis en test sur la surface de contrôle Abelton Push, que je trouve plus intuitive.

Ton style musical se révèle poétique, les mix que tu proposes se rattachent souvent à des émotions…

Toujours !
J’ai une fascination depuis l’enfance pour Françoise Sagan, elle a toujours su parfaitement évoquer les émotions et pensées d’une femme, avec des mots très justes.
Ses romans, avec leurs limites et leurs imperfections, sont pour un témoignage d’une certaine élégance française, qui pourrait presque tenir lieu de sagesse.
Ce que j’essaie de reproduire dans ma musique.

Tu es une backpackeuse ! Tu as mixé quasiment partout en Europe et même aux States. Ca fait quoi de jouer devant des publics « différents » ?

J’aime quitter Paris de temps en temps, et d’avoir des « ailleurs » où je peux me retrouver, me mettre en face de la musique et des cultures différentes de la mienne.
Celà me permet de me renouveler, c’est peut-être ce qui me permet de produire une musique enrichie d’energies nouvelles à chaque voyages.
Je sens que j’en ai besoin et certains public sont plus accueillants que d’autres de part leur culture…

As tu senti un feeling particuliers lors d’un gig ?

Il existe un son que l’on a toujours connu, un son qui est familier à notre âme.
C’est le son qui se diffuse dans l’Univers, qui donne naissance aux galaxies, qui imprègne les étoiles et qui remplit les espaces.
Cependant, ce n’est pas un son que l’on peut entendre avec nos oreilles, mais seulement avec la totalité de ce que nous sommes . C’est ce « feeling particulier » que j’essaie de recréer et ressens parfois quand la communion avec le public fonctionne dans les deux sens.

Comment es tu avant, pendant et après un mix ?

Plutôt détendue, avec mes petites manies comme écouter le même morceau depuis des annnées avant de jouer, pour rester centré e sur mon energie.
J’aime beaucoup le petit coup de pression que l’on ressent les cinq premières minutes juste avant de s’abandonner à la musique.

Après j’aime me détendre autour d’un verre et danser.

Que préfères tu [le plus] : Ecouter ou faire écouter ?

Les deux sont indissociables, sachant qu’en faisant écouter, on écoute par la même.
Mais j’avoue adorer faire découvrir à mes proches mes découvertes quotidiennes, comme un enfant qui a hâte d’offrir son cadeau.

Tes influences artistiques, qu’elles sont elles ?

Mes influences sont multiples aussi décalées que variées. J’ai commencé à écouter de la New Wave et du rock dès mes 7 ans, j’ai découvert Robert Smith lors de leur concert à Orange en 1986 et j’ai juste voulu être lui. Puis Dave Gahan de Depeche Mode, Ian Curtis, Madonna période Like a Virgin et bien d’autres. J’étais déjà très sensible aux sons synthétiques de Kraftwerk, Einturzende Neubauten, ou encore la musique plus industrielle de Wumpscut et Nine Inch Nails. En simultané j’ai découvert la variété française par le biais de ma maman, Adamo, France Gall, Christophe, Alain bashung.
d’influences ou d’inspirations… que ce soit pour la géographie, l’histoire, les mathématiques ou la musique. Nous nous influençons de tout, tout le temps.
Nous avons inventé l’iPod qui nous permet d’écouter un titre une fois et de le mettre en mémoire pour toujours ou presque.
C’est assez similaire au mécanisme de l’esprit humain.
Nous stockons beaucoup plus que nous l’imaginons.

Quel est l’artiste que tu respectes le plus ?

Robert Smith.

Quelles sont les trois pépites sonores qui tournent en boucle sur tes platines ?

ChVrChes – Now is not the time [Glassnote music]
Artic Monkeys – Do I wanna Know ? [Domino records]
Thomas Azier – Fire Arrow [Hylas records]

De nombreuses artistes féminines se sont révélées cette année…
Et de nombreux festivals en font un point d’honneur.
La parité H/F devient de plus en plus présente.

Comment vois tu les choses ?

La question de la place des femmes dans les cultures électroniques se pose de plus en plus. Alors que la question comme celle de genre ne devrait même pas se poser.
Tsugi avait publié un article révélant le peu de place des femmes, assez intéressante et toujours d’actualité : « Cela peut paraître surprenant dans une culture qui semble jeune, qui laisse toutes les portes ouvertes à la créativité et à l’égalité. »
Alice, de WMN et son projet qui faire la part belle à la création féminine en parle très bien ici et je la rejoins complètement dans ses propos .

Je pense qu’il est encore dommage de nos jours qu’une fois sur deux je doive passer le test de montrer que je sais brancher mes cables et faire mes balances et expliquer à un technicien comment faire son boulot car je connais le mien.
Mais je garde un certain sens de l’humour, car je n’aime pas les conflits et n’ai pas de problèmes à apporter la preuve de ce que je sais faire.
Même si j’avoue que c’est fatiguant, surtout quand c’est doublé par de la mauvaise foi et ce n’est pas ce qui manque du côté de certains patrons de bars parisiens.

Peux tu nous présenter Local Suicide ?

Local Suicide c’est un duo de dj’s Berlinois, Max Brudi & Vamparella, qui sont sur la scène electronique depuis 2008, que j’aime beaucoup, qui ont un goût des plus sur en Deep house et Nu disco et que je vous recommande d’aller voir jouer si vous passez par Berlin ou un club où ils mixent.
Local suicide c’est aussi un des Blogs les plus populaire dans la catégorie Musique & Life style en Allemagne, avec + de 25 rédacteurs internationaux, ainsi que l’hébergement diverses émissions de radio et d’ événements, auquel je participe par le biais d’interviews et d’articles.
permettent.

Tu es très investie dans des projets notament artistiques, graphiques et audio-visuels. Tu as sorti un clip réalisé par Simon Bayssat de l’équipe Arty Freaks pour la sortie de ton titre Sometimes . Y as tu contribué ?

J’ai préféré attendre la bonne rencontre pour me lancer dans ma première collaboration. au début on s’est mis d’accord sur l’idée et la collaboration audio-visuelle.
La musique prend beaucoup de place bien sûr mais le cinéma est aussi très important pour moi tout comme pour l’équipe d’Arty Freaks, on a passé quelques heures à parler de Series Z, de Joy Division et d’Ed Wood et j’ai laissé Simon et son équipe travailler.

D’ou est partie cette idée : un E.T. en pleine découverte de la faune urbaine ?

Cette extra terrestre représente des fragments de chacun d’entre nous, à un ou des moments de notre vie, on n’arrive plus à se connecter pour retrouver comment rentrer chez soi, les circuits sont endommagés, et le souvenir du chemin d’accés s’éloigne.
Le clip met en scène comment l’ont peut être rejeté et se sentir seul quand on est différent, c’est une hyperbole à beaucoup de sujets de sociétés actuels.

Ton style vestimentaire, nous laisse entendre que tu es une fashion-addict…
Quel est le vêtement que tu portes le plus souvent pour mixer ?

Oui, j’ aime bien les fringues donc je m’amuse beaucoup avec tout ce qui est visuel et les codes vestimentaires. J’aime soigner mon image mais avec beaucoup de simplicité.
J’aime beaucoup la mode, même si je ne porte pas tout ce que j’aime, et je suis ouverte aux collaborations avec des stylistes . Petite dedicace à Gareth Pugh et Jean Paul Gaultier.
Le plus souvent c’est casquette, boots dorés et Perfecto.

Tes projets ?

Mon Live 3.0 basé sur les structures impossibles et le travail d’Ashes Monroe .
Construire une maison avec un studio et un atelier dans un arbre.
Acquerir un Nordwave Nord stage 2 76.
Continuer de voyager, prochaine destination le Japon !

Ton life-style ?

Je n’ai pas de « style » de vie à proprement parlé.

Ton secret ?

Les livres.

Ta nourriture préférée ?

Les tomates farcies de mon père.

Ton mot préféré ?

Ashes

Merci Emeraldia, on t’adore.





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