Megaptera, c’est le nom scientifique de la baleine à bosse ; désormais c’est également le titre du nouvel album de Rone. Après Room with a View, un spectacle conçu avec le collectif (LA)Horde et le Ballet National de Marseille, le producteur et compositeur français Rone sort de plusieurs années intenses, rythmées par les créations et les tournées. Il entreprend alors de repenser son rapport à la musique et de ralentir, prenant ses distances avec la scène et les réseaux sociaux. Il choisit de « quitter la ville » et s’isole près de la mer pour se recentrer sur l’essentiel.
À propos de son nouveau projet, Rone a expliqué :
« J’ai eu besoin de me retirer, de retrouver la sérénité et de continuer la musique autrement, davantage comme un artisan que comme un homme de spectacle. »
En 2020, des images de marins solitaires diffusant ses titres en pleine mer apparaissent en ligne. On y voit des cétacés (dauphins et baleines) se manifester lorsque sa musique est jouée en mer aux quatre coins du globe.
La répétition de ces événements par d’autres marins dans le monde suscite d’abord l’amusement, puis soulève de nombreuses questions chez le discret compositeur. Pourquoi ? S’agit-il d’un pur hasard, ou y a-t-il quelque chose dans ma musique qui ferait réagir ces animaux ? Serait-il possible qu’ils l’apprécient ? Ces sons ne risqueraient-ils pas de les déranger, au contraire ?
Valentin Paoli, réalisateur de documentaires, passionné par les mammifères marins est également intrigué par ces vidéos. Il propose à Rone de tenter l’expérience lui- même au large de l’île de La Réunion. Soucieux de respecter le monde marin, ils décident de s’entourer de spécialistes pour mener l’aventure dans les meilleures conditions.
Éthologues, bioacousticiens, ingénieurs environnement et associations rejoignent l’équipe. Dans un premier temps, Rone rencontre Olivier Adam, bioacousticien spécialiste des cétacés et professeur à Sorbonne Université. Ensemble, ils écoutent des heures de chants de baleines, et Rone découvre alors la richesse et la variété infinie des vocalises, tant dans les modulations que dans les mélodies. Avant de partir, il étudie la collection d’enregistrements que lui a confiée le bioacousticien. Comment entrer en résonance avec ces animaux qui vivent dans un monde si éloigné du nôtre et dont on commence seulement à découvrir les structures du langage ? Avec quoi partir ? Quels instruments ? Quels sons ?
Après avoir tenté d’imiter ces mystérieuses vocalises à l’aide de ses synthétiseurs et y avoir ajouté quelques arrangements, Rone fait appel à la Maîtrise de Radio France et à sa cheffe, Sofi Jeannin, avec qui il a déjà collaboré, pour faire interpréter les chants de baleines par des voix humaines. Il espère ainsi que la pureté cristalline du chœur touchera les mammifères marins.
Parallèlement, avec son ami César Urbina, alias Cubenx, il conçoit un synthétiseur modulaire transportable dont l’approche organique, influencée par ces enregistrements, pourrait permettre un échange inter-espèces.
Conçu lors de cette aventure naturaliste cinématographique, l’album Megaptera a été composé en mer, au large de l’île de La Réunion. L’équipage du Lady La Fée, un fier catamaran aux coques rouges, a accueilli Rone et l’équipe de Valentin Paoli pendant un mois. De retour sur la terre ferme, c’est sur les côtes bretonnes, toujours avec la mer à l’horizon, que ces esquisses de dialogues avec des baleines à bosse ont pris forme. Le film « La Baleine et le Musicien » documente donc la conception de son nouvel album dans ce contexte exceptionnel.
À cela Rone a déclaré :
« Très vite, l’objectif initial a changé. Il ne s’agissait plus de savoir si ma musique pouvait attirer les baleines, mais d’apprendre à écouter : les baleines, les scientifiques, le silence, la présence. »
En quinze titres, l’album raconte cette aventure, l’excitation, les doutes, mais aussi l’éveil qu’elle a suscité : qui sommes-nous pour prétendre comprendre ces êtres qui peuplent la planète depuis bien plus longtemps que nous ? Et si comprendre, c’était admettre que nous ne savions rien ? Megaptera est le fruit de cette découverte et de ces quelques semaines passées aux côtés des baleines, durant lesquelles la musique a été une tentative d’entrer en relation avec ce qui nous échappe.
À l’instar de Dersou Ouzala, le plongeon d’Erwan est devenu une quête qui lui a permis de démêler l’écheveau de sa place d’homme et de musicien dans le monde, avant de revenir à la surface. « Peut-être que certaines œuvres peuvent créer des moments de résonance qui nous rappellent que nous appartenons à un monde vivant plus vaste », déclare-t-il.
Comme Daniel Lopatin ou Jon Hopkins, Rone poursuit sa route, cherchant d’autres équilibres pour sa musique. Après des albums iconiques, un César et des collaborations avec des orchestres et des ballets, ce retour témoigne d’une évolution plus intime et marque une nouvelle étape. Apaisé, il nous rappelle à quel point sa musique nous est indispensable.
À propos de Rone :

Rone est l’un des artistes phares de la scène électronique française. Son dernier album est le fruit d’une collaboration d’un genre totalement inédit avec la compagnie de danse contemporaine « La Horde ». Il a remporté le César de la meilleure musique de film pour « Night Ride/La Nuit Venue » en 2021.
Le producteur de musique électronique français Erwan Castex, alias Rone, est né en 1980 près de Paris. Repéré par le label InFiné, Rone a sorti son premier EP, Bora, en 2008, suivi en 2009 de son premier album acclamé par la critique, Spanish Breakfast. Son deuxième album, Tohu Bohu (2012), composé alors qu’il vivait à Berlin, comprend les tubes internationaux « Parade » et « Bye Bye Macadam ».
De retour à Paris après une tournée mondiale, Rone a composé Creatures (2015), qui comprend des collaborations avec Bryce Dessner, guitariste du groupe The National, l’icône de la pop française Étienne Daho, et bien d’autres.
Début 2017, Rone a présenté une création unique à la Philharmonie de Paris, où il a invité des artistes amis à se joindre au spectacle : John Stanier (Battles), François Marry (Frànçois & The Atlas Mountains), Alain Damasio et le trio Vacarme. Cette expérience a été l’étincelle à l’origine de Mirapolis, le quatrième album studio de Rone, dans lequel sa production soignée s’harmonise parfaitement avec les talents invités : KAZU, Saul Williams, Noga Erez, Baxter Dury, Bryce Dessner et John Stanier.
L’année 2020 marque un nouveau tournant dans la carrière de l’artiste, qui a débuté par une création en carte blanche de dix jours au Théâtre du Châtelet à Paris, en collaboration avec le Ballet national de Marseille. Le récit du spectacle aborde des enjeux mondiaux tels que le réchauffement climatique et l’effondrement, qui ont été la principale source d’inspiration du cinquième album de Rone, Room with a View, un opus dans lequel il a ressenti le besoin de renouer avec ses débuts, marqués par une musique électronique purement instrumentale.
En 2021, sa première bande originale de film, « Night Ride », a remporté le César de la meilleure musique de film. À la fin de cette année, Rone reprend la route avec un nouveau set électronique live et une toute nouvelle scénographie signée Emmanuel Biard.
Commander/streamer l’album Megaptera de Rone via InFiné
Tracklist du LP Megaptera:
01. Rone – « Al Lark »
02. Rone – « Premier Contact »
03. Rone – « Verba Aliena »
04. Rone – « Breach »
05. Rone – « La Baleine et Le Musicien »
06. Rone – « Speaker »
07. Rone – « Caudale »
08. Rone – « Cap Lahoussaye »
09. Rone – « Insomnia »
10. Rone – « Zodiac »
11. Rone – « Lingua »
12. Rone – « Breathe In Feat. Yael Naim »
13. Rone – « Megaptera Novaeangliae »
14. Rone – « Panimal »
15. Rone – « Try Again »
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